Au Cap Ferret, Mel a troqué sa carrière californienne dans la tech pour fonder Miche Coffee, une torréfaction artisanale qui veut démocratiser le café de spécialité avec une approche accessible et personnelle.
Un parcours inattendu, des États-Unis au Cap Ferret
Comment es-tu arrivée au café ?
Je viens de Californie et à 17 ans, j’ai fait six mois sur le bassin d’Arcachon pour apprendre le français. C’est là que j’ai rencontré Nico, mon mari aujourd’hui. Après quelques années de longue distance, il m’a suivie aux États-Unis. On a vécu quinze ans à Los Angeles, où je travaillais pour ma start-up dans la tech.
Comment vous êtes-vous retrouvés au Cap Ferret ?
Quand la pandémie a éclaté, on s’est retrouvés bloqués à New York sans connaître personne. On est partis sur le bassin d’Arcachon en pensant revenir quelques semaines après. Puis je suis tombée enceinte et quelques années plus tard, on est toujours là.
De la tech au café : une reconversion née d’un manque
C’est à ce moment-là que tu décides de monter Miche ?
J’avais vendu ma start-up et je travaillais maintenant pour l’entreprise qui l’avait rachetée. Avec un bébé et les complications du travail à distance, j’ai décidé de tout quitter. Ce n’était pas facile parce que ma carrière, c’était ma vie.
Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de Miche ?
Je me baladais au Cap Ferret l’hiver avec un bébé et tout était fermé. Ce que je voulais, c’était juste trouver un coffee shop. J’achetais mon café à 1h de route, chez l’Alchimiste, et ici je ne trouvais que du café au supermarché.
Les coffee shops étaient mon deuxième chez-moi à Los Angeles. Ce sont des lieux spacieux ou tu y vas même si tu ne veux pas vraiment de café, tu prends un café parce que tu as envie de te poser, de bosser. Ici, ce genre de tiers-lieu n’existait pas.
Au départ, c’était une blague : « Je vais faire un coffee shop. » Mais petit à petit, je me suis rendu compte que c’était quelque chose que je pouvais vraiment m’imaginer faire et aimer. En plus, i y a beaucoup plus de gens qu’on ne le pense qui habitent au Cap Ferret à l’année.
Pourtant aujourd’hui, Miche, c’est une torréfaction. Pourquoi ne pas avoir ouvert le coffee-shop de tes rêves ?
Un coffee shop, c’est comme un petit resto, c’est prétentieux de penser qu’on peut monter ça comme ça. À moins de faire mon propre café, et là ça devenait un vrai projet.
J’ai donc rapidement pris la décision de me concentrer sur la torréfaction, en me disant que si je faisais un petit business wholesale avec des clients locaux, j’aurais une base pour lancer mon coffee shop, je pourrais être plus libre, et embaucher avant, parce que je n’ai pas envie de penser que je peux tout faire seule.



L’apprentissage de la torréfaction
Comment as-tu appris la torréfaction ?
J’ai trouvé une formation chez Café Mokxa à Lyon avec Sadry et Ingrid. Ils ont été géniaux. Mais une formation ne suffit pas, on apprend juste les bases.
Quand je me suis sentie prête et que j’ai acheté ma machine, une Giesen, Damien, le commercial français m’a dit : « Tu es la candidate parfaite pour mon pote qui part de Lomi pour faire du consulting. » Mikaël Portannier (Champion du Monde de Torréfaction 2025) est descendu au Cap Ferret avec moi pour m’aider à créer les premiers profils, me reformer aussi parce que ça faisait un an depuis Mokxa, j’avais tout oublié.
Comment as-tu vécu les premières torréfactions ?
J’ai adoré direct. C’est très intéressant, hyper précis. Ce qui est important pour moi depuis le début : je ne sors pas un produit sauf si je le trouve parfait pour moi, pour mes goûts. Si je rate une fournée, c’est pour les amis.
Le packaging : une identité visuelle unique
D’où vient cette idée de donner des numéros aux cafés avec des illustrations ?
Depuis toute petite, j’adore les magazines. C’est beau, c’est carré, il y a des photos, de l’art, avec du texte noir et blanc autour. C’était très clair que je voulais un carré avec une image et un texte noir et blanc assez fin. Timeless, intemporel. J’ai travaillé avec une agence de design qui m’a aidée à trouver le layout parfait pour mettre en valeur ces artistes.
Comment as-tu trouvé les artistes avec lesquels tu collabores ?
Mon mari est photographe donc on a beaucoup d’art chez nous, on adore ça. On avait tout un dossier d’artistes qu’on suit, qu’on aime. J’ai choisi quelques tableaux, quelques photos que j’adorais et j’ai envoyé des mails : « Salut, j’ai un petit projet de coffee shop. Quels sont tes tarifs ? »
Tout le monde était content de le faire. Je voulais faire un produit qui soit joli. J’aime les jolies choses, j’adore le packaging.
Est-ce que ça aide commercialement ?
Je pense que ça fait la différence, mais d’un autre côté, je suis aussi dans un endroit où les gens ne connaissent pas encore le café de spécialité. J’ai beaucoup de gens qui achètent le café parce que c’est joli et après ils aiment bien le produit.

Une vision du café accessible et de qualité
Le café filtre, c’est important pour toi ?
J’aime bien le café filtre. Plein de gens en France pensent que le café filtre c’est du jus de chaussette, que ce n’est pas un bon produit. J’aimerais introduire cette idée qu’on peut boire du café filtre tous les matins, même dans une cafetière à filtre, et que ça peut être très bon.
Cette approche vient de ton expérience américaine ?
Oui, ça vient de ce que j’avais l’habitude de boire à Los Angeles. Je buvais beaucoup d’Intelligentsia, de Go Get Em Tiger, des torréfactions pour qui la qualité est une évidence. À Santa Monica où j’habitais, ou à Venice où je travaillais, tu vas dans n’importe quel coffee shop, tu prends le drip du jour, même dans un thermos, et il est bon.
C’est un peu la surf culture californienne, la culture coffee shop. Tu prends ton breakfast et le drip du jour. Et tu as toujours un bon café, facile à boire. Juicy et acidulé mais pas trop agressif.
Développer le wholesale en restant local
Aujourd’hui, comment développes-tu Miche Coffee ?
Je suis solo, 100% seule, donc je n’ai pas encore fait beaucoup de démarchage en dehors du Cap Ferret. Par contre avec Instagram, j’ai quelques clients ailleurs. Ma base de clients, c’est surtout les coffee shops et les épiceries.
Et avec les restaurants ?
Ici, avec les bons candidats, les restos qui ont leur propre machine et s’intéressent aux ingrédients locaux, ça s’est fait assez vite parce que je suis la seule. Mais ça reste compliqué de faire changer les habitudes de ceux qui ne s’intéressent pas au café de spécialité.
La plupart des restos ont du café industriel d’un gros groupe, ou il n’est pas forcément issu du commerce équitable. Mais c’est dur parce que la machine leur est louée par ces groupes, et ils sont un peu coincés.
Cette année, c’est la première fois que je fais une saison pleine. Ça commence à devenir un vrai business même si ça reste petit.
L’avenir : entre artisanat et développement
Tu tiens à garder ce côté artisanal que Miche a actuellement ?
D’un côté oui, j’adore parce que je fais tout, je fais des livraisons de café en vélo avec ma fille, c’est génial et j’adore ce côté local, bouche-à-oreille.
Dans ma vie d’avant, j’avais une équipe de treize personnes puis je gérais une équipe de 75 personnes après le rachat de ma boîte. Et c’est la partie que j’adorais : manager des gens, employer des gens, créer un job pour des gens qui kiffent aller travailler tous les jours.
Je vais voir où ça va, mais ça me tarde de pouvoir embaucher mes potes, faire un petit coffee shop et avoir un peu plus de business.
Quel est ton rêve pour Miche ?
J’ai envie que ça devienne un jour un endroit où les gens aiment aller. Les gens d’ici, les locaux et aussi les touristes qui reviennent dans le même endroit, qui aiment le café d’ici, qui reprennent des boîtes pour rentrer chez eux. J’adore cette idée. Ça, et ramener un peu de Californie au Cap Ferret, avec des bons filtres.
On a tout le temps des amis qui viennent à la maison et on cuisine beaucoup. Quand je fais goûter un filtre le matin, tout le monde aime bien. Il y en a qui sont surpris : « Ah mais c’est presque comme un thé ! » Je suis sûre qu’on peut convertir encore plus de gens.
Le jour où je trouve un local qui est vraiment le local parfait, je vais créer ce truc qui me manque tant !
Plus d’infos sur les cafés de Miche Coffee : https://michecoffee.com/fr